Stéphane Haar : « La politique, comme la foi, n'est plus un réflexe naturel »

Publié le 20 Avril 2012

Source : Conférence des Evêques de France

conferences-des-eveques

 http://www.eglise.catholique.fr/eglise-et-societe/politique/elections-2012/stephane-haar-la-politique-comme-la-foi-n-est-plus-un-reflexe-naturel--14094.html

 

 

 

La Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC) s'est fixée pour mission d'éveiller la conscience politique des jeunes des milieux populaires pour leur permettre de prendre leur place dans le débat électoral. Son président, Stéphane Haar, 27 ans, réagit à la déclaration des évêques de France : « Elections : un vote pour quelle société ? ». Aux urnes, jeunes citoyens !

 

 

Comment avez-vous reçu ce texte ?

C'est un texte assez long donc tous les jeunes ne l'auront pas lu! Mais c'est important, pour un mouvement comme la JOC, de voir que l'Eglise porte une parole sur ce monde. On n'attend pas des évêques qu'ils nous disent quoi faire mais ils ont des points d'attention à faire entendre. La JOC est un mouvement qui représente les jeunes des milieux populaires. C'est aussi important d'avoir les repères des évêques que les échos de partenaires syndicaux et politiques. Cette parole donne des jalons qui auraient manqué s'ils n'avaient pas existé.

 

Quels points d'attention retenez-vous ?

Dans ce texte, un tas de trucs sont ancrés dans la réalité de la vie. Quand il parle de la jeunesse, des banlieues et des cités, ce sont des problématiques concrètes rencontrées par les jeunes. Du coup, c'est important pour nous de voir que les évêques ont des choses à dire là-dessus. Nous, les mouvements d'action catholique, engagés dans la vie et au contact direct de ces populations, nous sentons soutenus et écoutés. On y a aussi participé, d'une certaine manière. Au sein des diocèses, de la conférence épiscopale, les évêques prennent du temps au sein des différents conseils pour nous écouter. Par exemple, sur « Banlieues et cités », je retrouve bien ce qu'on a partagé au Secrétariat national de la Mission Ouvrière : Mgr Michel Mouïsse, évêque de Périgueux et Sarlat, membre du Conseil pour les mouvements et associations de fidèles, a pu noter tout un tas de choses et s'en faire l'écho.

 

Comment la JOC est-elle mobilisée à l'approche des élections ?

Elle s'investit principalement en éveillant la conscience politique des jeunes. Dans les milieux populaires, les jeunes qu'on rencontre n'ont aucune culture politique ou très peu. Ils ne savent pas faire la différence entre la gauche et la droite. On n'apprend pas ça à l'école. Ils n'ont pas tous des parents avec une culture politique et militante pour leur transmettre ces jalons-là. Nous avons donc créé des outils, dans une dynamique qui s'appelle « Impose ta voix », pour permettre aux jeunes de 15 à 30 ans, à travers de jeux, d'initiatives diverses et variées, de découvrir la vie politique, de se forger une opinion, de connaître les programmes et les personnalités politiques pour petit à petit prendre leur place dans le débat. On a vraiment fait le choix de ne pas simplement aller parler aux candidats avec des revendications mais plutôt de donner des outils aux jeunes pour qu'ils le fassent eux-mêmes. Actuellement, plus d'une centaine de rencontres locales ont déjà eu lieu. Elles ont regroupé des centaines de jeunes autour de ces outils pour prendre conscience de ce qu'est la politique et de la place qu'ils ont à investir. On joue vraiment ce rôle d'éveil à la vie politique parce que ça n'existe pas. Pourtant, même si les mouvements d'éducation populaire comme le nôtre font ce qu'ils peuvent, ils ne touchent pas tout le monde.

 

Quel regard les jeunes des milieux populaires portent-ils sur la politique ?

Les jeunes expriment de la colère et pensent, non pas que la politique ne sert à rien, mais qu'elle est inefficace. Ca fait 30 ans qu'on parle du chômage. Comment se fait-il qu'il y en ait encore ? On parle des quartiers populaires depuis toujours. Pourquoi est-ce que c'est toujours la merde ? Ce qu'on veut dire aux jeunes, c'est « voter, c'est important parce que c'est le premier pas de la vie citoyenne ». Evidemment, ça ne suffit pas. Derrière, il faut un engagement politique. Il faut être capable de coller la pression à nos élus, de leur faire comprendre qu'ils devront tenir leurs engagements et en prendre de nouveaux. C'est pour ça que la démarche s'appelle « Impose ta voix ». L'objectif est de montrer qu'ensemble, pas uniquement par le vote mais par la politique, qui est une responsabilité collective, on est capables de faire entendre nos voix et d'imposer un certain nombre de choses essentielles. On veut redonner du crédit à la politique en montrant aux jeunes ce qu'ils sont capables de faire et en montrant que ça se passe sur le terrain. Aux dernières élections régionales, des Jocistes de Lorraine ont organisé une action symbolique, une semaine avant les élections, autour de l'accès aux loisirs et à la culture. Ils ont imprimé sur des tracts représentant des faux billets de 500 euros : « Les loisirs et la culture ne doivent pas être un luxe », avec une série de propositions. Ils ont invité les candidats et mobilisé une centaine de jeunes en pleine rue. Grâce à ça, ils ont obtenu du Conseil régional des solutions concrètes : nouvelles cartes jeunes, nouvelles initiatives. Ils ont pu voir que le vote est important parce que c'est comme ça qu'on nomme les personnes qui vont tenir des engagements mais que cela ne suffit pas. Ils ont à monter des actions pour faire entendre leur voix. Nos élus sont pour la plupart des gens de 60 ans, issus des milieux aisés, qui ne connaissent pas la réalité de ces jeunes-là.

 

Des actions symboliques sont-elles programmées prochainement ?

La JOC est le premier mouvement d'apprentis en France. On organise, le 1er mai 2012, une rencontre nationale des apprentis, avec 200 délégués de tous les corps de métiers, venant de toutes les régions de France, pour porter la parole des apprentis durant la campagne. C'est une thématique extrêmement manipulée. Certains disent que l'apprentissage est une filière poubelle qui dévalorise les jeunes, d'autres que c'est LA solution au chômage. Mais la parole des jeunes n'existe pas. En deux ans de ministère, Nadine Morano a refusé de rencontrer les apprentis. C'est aberrant mais c'est souvent comme ça. Elle a rencontré les employeurs, les responsables de formation et nous a renvoyé vers des conseillers techniques subalternes. L'événement sera donc symboliquement fort, en présence des candidats au deuxième tour et de responsables de la société civile. Les apprentis, Jocistes ou non, prendront enfin la parole.

 

Comment la JOC s'implique-t-elle avec d'autres pour porter la voix des jeunes ?

La JOC est membre du CNAJEP (Comité pour les relations nationales et internationales des associations de jeunesse et d'éducation populaire) qui regroupe des associations de jeunes et d'éducation populaire. Ensemble, nous avons lancé le « Big-Bang des politiques jeunesse ». Il y a aujourd'hui plus de 70 signataires. C'est ce qu'on considère être vraiment la politique jeunesse de l'avenir. On demande aux politiciens de s'engager sur ce texte et d'arrêter de nous convoquer à des réunions qui ne servent à rien. On l'a vu pour le Livre vert  (2009) de Martin Hirsch, alors Haut commissaire à la jeunesse. Ce sont des propositions très concrètes, comme la mise en œuvre d'un service public d'accompagnement des jeunes, dans l'orientation et dans l'emploi, ou la possibilité d'un revenu d'autonomie qui permette aux jeunes de construire un projet de vie, de formation, d'entrer sur le marché de l'emploi. On aborde aussi la place des jeunes dans la société, leur présence dans les instances de consultation. Ces propositions sont mûries depuis des dizaines d'années par ces associations de jeunesse. Elles demandent le courage politique de faire des choix...

 

 

Rédigé par CEF

Publié dans #Eglise et Politique

Repost 0