Mgr Fellay tance les évêques intégristes

Publié le 14 Mai 2012

Source : La Croix

LaCroix 

 

Un échange de courrier entre Mgr Fellay et les trois autres évêques de la Fraternité Saint-Pie-X montre les profondes divisions qui existent entre les héritiers de Mgr Lefebvre

 

Le site traditionaliste Riposte catholique a rendu public jeudi 10 mai un échange de lettres entre le supérieur de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX), Mgr Bernard Fellay, et les trois autres évêques ordonnés par Mgr Lefebvre en 1988, soulignant les fortes tensions qui traversent le mouvement intégriste à propos du rapprochement avec Rome.

« Nous vous en conjurons : n’engagez pas la Fraternité dans un accord purement pratique », lancent Mgr Alfonso de Galarreta, Mgr Bernard Tissier de Mallerais et Mgr Richard Williamson dans une lettre commune datée du 7 avril dernier.

Selon eux, en effet, « depuis Vatican II, les autorités officielles de l’Église se sont séparées de la vérité catholique, et aujourd’hui elles se montrent tout aussi déterminées que toujours de rester fidèles à la doctrine et pratique conciliaires ». Les discussions menées avec la Congrégation pour la doctrine de la foi, le Préambule doctrinal remis par le cardinal Levada et la dernière rencontre d’Assise en sont, pour eux, « des exemples éclatants ».

 

« Pour vous Benoît XVI est-il encore pape légitime ? »

S’ensuit une ferme critique de Benoît XVI et de sa pensée « imprégnée de subjectivisme ». « C’est toute la fantaisie subjective de l’homme à la place de la réalité objective de Dieu. C’est toute la religion catholique soumise au monde moderne », écrivent-ils, condamnant donc tout accord pratique qui « ferait nécessairement taire progressivement, de la part de la Fraternité, toute critique du concile ou de la nouvelle messe ».

Estimant que Mgr Fellay conduit « la Fraternité à un point où elle ne pourra plus rebrousser chemin, à une profonde division sans retour et, si vous aboutissez à un tel accord, à des puissantes influentes destructrices qu’elle ne supportera point », ils demandent donc à Mgr Fellay de ne pas accepter d’accord avec Rome.

« À vous lire, on se demande sérieusement si vous croyez encore que cette Église visible dont le siège est à Rome est bien l’Église de Notre Seigneur Jésus-Christ », s’interroge Mgr Fellay dans la réponse au ton très dur qu’il a adressée le 14 avril aux trois évêques. « Pour vous Benoît XVI est-il encore pape légitime ? », leur lance-t-il.

 

« Un changement d’attitude dans l’Église »

Pour le supérieur général de la FSSPX, « la solution de la prélature personnelle proposée n’est pas un piège ». Surtout, il faut absolument prendre en compte les évolutions de Benoît XVI « en faveur de la Tradition », la situation actuelle étant différente de celle de 1988 qui a poussé Mgr Lefebvre à la rupture avec Rome.

« Prétendre que rien n’a changé est une erreur historique, explique-t-il. Les mêmes maux font souffrir l’Église, les conséquences sont encore plus graves et manifestes qu’alors ; mais en même temps on peut constater un changement d’attitude dans l’Église, aidé par les gestes et attitudes de Benoît XVI envers la Tradition. »

« Ce mouvement nouveau, né il y a au moins une dizaine d’années, va se renforçant, affirme Mgr Fellay. Il touche bon nombre (encore une minorité) de jeunes prêtres, de séminaristes et même déjà un petit nombre de jeunes évêques qui se distinguent nettement de leurs prédécesseurs, qui nous disent leur sympathie et leur soutien, mais qui sont encore passablement dominés par la ligne dominante dans la hiérarchie en faveur de Vatican II. »

 

Vatican II : « De moins en moins y croient »

Pour Mgr Fellay, « cette hiérarchie est en perte de vitesse » : « cela est objectif et montre qu’il n’est plus illusoire de considérer le combat “intra muros” ». « J’ai pu constater à Rome combien le discours sur les gloires de Vatican II que l’on va nous ressasser, s’il est encore dans la bouche de beaucoup, n’est cependant plus dans toutes les têtes. De moins en moins y croient. »

Et le supérieur général de la FSSPX conclut en condamnant l’attitude des trois autres évêques vis-à-vis de lui. « Depuis un certain temps déjà, vous essayez – chacun de manière différente – de lui imposer votre point de vue, même sous forme de menace, et même publiquement. » une attitude, affirme-t-il, « qui a été dure pour nous ».

Nicolas Senèze

Rédigé par Nicolas Senèze

Publié dans #Actualité

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :