Avec les familles du monde, le diocèse de Milan accueille Benoît XVI

Publié le 14 Juin 2012

Source : La Croix

LaCroix

 

 

Le pape est attendu vendredi soir 1er juin à Milan pour la VIIe rencontre mondiale des familles

 

Devant la cathédrale de Milan, jeudi 31 mai.

C’est une bouffée d’oxygène qui attend Benoît XVI à Milan ce vendredi soir 1er juin. Quittant l’ambiance troublée du Vatican, il rend visite, non seulement au diocèse de Milan, l’un des plus puissants au monde (900 prêtres), mais aussi aux familles du monde, réunies pour la VIIe rencontre mondiale des familles, sous le titre « Les familles, le travail et la fête ».

À Milan, deux fortes personnalités accueillent le pape. Le cardinal Angelo Scola, archevêque de l’antique cité ambrosienne depuis septembre 2011, est un vieil ami du pape. Il y a quarante ans, avec Joseph Ratzinger, il fonda la revue Communio, autour du théologien Hans Urs von Balthasar. Il s’agissait alors de réfléchir à nouveaux frais sur les fruits du concile Vatican II, celui-là même dont le pape célébrera le cinquantenaire à la fin de l’année.

Par ailleurs, le cardinal Scola, au tout premier rang des « papabile » italiens, a manifesté à plusieurs reprises ses préventions à l’encontre du cardinal Tarcisio Bertone, le Secrétaire d’État mis en cause aujourd’hui pour sa gestion de la Curie. Enfin, comme théologien, le cardinal Scola dirigea longtemps à Rome l’Institut Jean-Paul-II pour la famille à l’Université pontificale du Latran. Autant dire qu’il est familier de l’anthropologie catholique de la famille, au cœur de cette rencontre mondiale des familles.

 

Souligner les apports de la famille

À ses côtés pour accueillir le pape, Giuliano Pisapia, élu maire de Milan le 1er juin 2011, vient, lui, de se déclarer favorable à l’union civile, qui pourrait devenir à terme l’équivalent italien du Pacs français. De quoi semer le trouble dans l’Église locale, fort puissante.

Pourtant, les trois jours du Congrès théologique qui a précédé, à Milan, la rencontre proprement dite, n’ont pas été marqués par une tonalité défensive. La famille dite « normo-constituée » selon les termes du cardinal Scola, a affiché une posture plus contributive que menacée. Mgr Jean-Luc Brunin, évêque du Havre et président du conseil Famille et société de l’épiscopat français, s’en est réjoui : « Si la famille est nécessaire pour garantir l’avenir d’une société fragilisée, nous devons souligner ses apports : reconnaissance des personnes, éducation à la responsabilité, promotion de la gratuité. »

À partir du thème « Les familles, le travail et la fête », dans le cadre de la doctrine sociale de l’Église, les délégations venues de 27 pays d’Europe, mais aussi d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, ont toutes témoigné, devant les 7 000 participants, en ce sens.

 

« École de charité, de justice et de paix »

D’emblée, Mgr Jean Lafitte, secrétaire du Conseil pontifical pour la famille, a appuyé une vision de l’homme qui ne serait pas réduite à l’individu mais ouverte à toutes les dimensions de la personne : « Une telle vision place l’individu devant la société, au lieu de l’y mettre au cœur ». Le cardinal Dionigi Tettamanzi, ancien archevêque du lieu, également, lorsqu’il s’est interrogé : « Sans travail, quelle famille est-elle possible ? Sans famille, quel travail est-il possible ? ». Le travail, qu’il soit trop absent ou trop présent, a été souvent au cœur des contributions.

Sur le sens de la fête, le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, lui aussi s’est interrogé, à la suite de Jean Vanier : « Plus les gens sont pauvres, plus ils aiment faire la fête. Mais lorsqu’ils deviennent riches, pourquoi oublient-ils le sens de cette gratuité ? » Pour sa part, le directeur du grand quotidien italien Corriere della Sera a déploré « l’orgie de communications, mais le désert de relations personnelles dans lequel nous vivons ».

C’est bien à cette construction que le logiciel familial proposé par l’Église veut contribuer. Car il est « école de charité, de justice et de paix », comme l’a dit le cardinal franciscain américain Sean O’Malley, archevêque de Boston, insistant sur la « nécessité de ne pas seulement proclamer les valeurs évangéliques de réconciliation, mais aussi de les vivre ».

 

Seuls six évêques français ont fait le trajet

Parmi les participants, Igor Belborodov et Galina Maslennikova sont venus de Moscou (Russie) avec une trentaine de personnes. Lui est démographe et orthodoxe ; elle est catholique et anime l’association de conseil familial Homo Amans. Leur problème commun : les deux millions d’avortements annuels qui « blessent les femmes russes », ainsi que la dépopulation de leur pays. A leur minuscule échelle, ils tentent de promouvoir une éducation à la sexualité responsable ouverte à la vie. À Milan, ils découvrent avec grand intérêt qu’ils ne sont pas seuls dans le monde à partager ces préoccupations.

Côté français, on compte plusieurs centaines de participants, même si le calendrier est peu propice (examens, nombreuses célébrations diocésaines, etc.). Les Associations familiales Catholiques (AFC), les Équipes Notre-Dame, le CLER, l’Emmanuel, Amour et Vérité, sont notamment présents, en compagnie du cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris et président de la Conférence des évêques de France.

Michel Pénicaud, des AFC, présent tout au long du congrès, a beaucoup apprécié sa « tonalité positive », tout en reconnaissant qu’« on n’est pas parti des situations les plus difficiles ». Il a noté que, si 35 évêques mexicains étaient présents, seuls six évêques français ont fait le trajet : « On devrait être plus nombreux… ».

 

Ambiance très fortement marquée par le tremblement de terre

Samedi, acheminés par une dizaine de cars, les Français seront tous réunis à la basilique San Nazaro pour une matinée de catéchèse, témoignages et célébrations. D’ores et déjà, ils ont entendu à Milan bien des accents qui leur ont rappelé la démarche, longue et féconde, mise en œuvre ces dernières années par l’épiscopat français sous le nom de « Famille 2011 ».

Vendredi après-midi, le congrès terminé, a débuté la rencontre mondiale des Familles, entre elles, mais surtout avec le pape. Celui-ci doit d’abord saluer les Milanais sur la place de la cathédrale avant de se rendre, pour la première fois, au prestigieux théâtre de La Scala. Il y entendra la Neuvième symphonie de Beethoven, dirigée par le maestro  Daniel Barenboïm.

Samedi 2 juin, il sera présent à une méditation à la cathédrale, puis rencontrera des milliers de jeunes confirmands au stade San Siro, avant de saluer les autorités locales et de présider le soir une « fête des témoignages » familiaux, avec 300 000 personnes, à l’aéroport de Bresso. Enfin, dimanche, aura lieu la messe finale, au même endroit, où sont attendues un million de personnes.

L’ensemble de ces festivités se déroule dans une ambiance très fortement marquée par le tremblement de terre qui n’a toujours pas cessé de faire sentir ses secousses, pas très loin de Milan. Les évêques de Mantoue, Ferrare et Modène, diocèses où ont été retrouvés 18 morts et plusieurs centaines de blessés, seront présents aux côtés du pape. C’est aussi l’un des cœurs du dynamisme économique italien qui est ainsi frappé. Samedi soir, Benoît XVI rencontrera personnellement l’une des familles qui ont tout perdu dans ce drame.

 

Frédéric Mounier, à Milan

 

Publié dans #Actualité

Repost 0