Ces catholiques de France que le pape pense « infidèles »

Publié le 19 Juin 2015

Ces catholiques de France que le pape pense « infidèles »

Personne n’en voudra au pape François de mal connaître la France (photo Ciric). Ni de s’être rendu à Sarajevo ou Tirana plutôt qu’à Paris, tant il est vrai que la priorité doit être donnée aux périphéries de l’Europe plutôt qu’au centre.

 

Condescendance romaine

Pour autant, on aimerait lui dire que non, contrairement à ce qu’il croit, la France n'est pas "fidèle" à son baptême, même si voilà longtemps qu’elle n’est plus la fille aînée de l’Eglise. Cette supposée « infidélité » de la France et de son Eglise, on l’a trop entendu, dans les couloirs du Vatican, où les prélats romains aiment à renvoyer de notre pays cette image facile, mi ironique, mi condescendante. Elle leur permet de condamner d’une parole des chrétiens qui auraient été coupables d’avoir laissé filer le rêve d’une « France catholique ». Et de critiquer trop vite les évêques français pour le manque de vocations, en leur évitant de vraiment regarder ce qui se passe de ce côté-ci des Alpes.

 

Brutale sécularisation

Non, l’Église de France n’est pas « infidèle ». Simplement, elle a connu, bien plus fort et bien plus tôt que ses consœurs européennes, une sécularisation brutale et une remise en cause radicale. Quelle Eglise en Europe de l’Ouest s’est vue, en un jour, privée de ses biens et ses richesses, comme en France avec la loi de 1905? Depuis cette date, les catholiques ne peuvent compter que sur eux-mêmes : il n’y a pas, ici, d’impôt d’Églises comme en Allemagne, Italie ou Belgique. Ses moyens sont sans commune mesure avec ses voisines. Le seul budget d’un diocèse allemand est plus important que les budgets des diocèses français réunis. Ici, les administrations de l’épiscopat ne sont pas pléthoriques, les frais généraux réduits au maximum.  Voilà longtemps qu’être prêtre n’est pas synonyme de réussite sociale. En France, comme aime à le dire l’italien Enzo Bianchi, prieur de Bose, les évêques n’ont pas de chauffeurs et… cuisent eux même leurs pâtes ! L’Eglise de France n’a pas attendu le pape François pour vivre la pauvreté.

 

Des laïcs investis

Certes, on peut bien, à Rome, moquer les statistiques du nombre de vocations, en baisse dramatique. Mais cette baisse concerne désormais toute l’Europe. Elle a été plus rapide en France, et plus précoce, voilà tout. Même chose pour la pratique. Les églises de nos villages n’ont plus d’âmes. Mais ce n’est que le reflet de la fin d ‘une France rurale, dont les clochers ont longtemps été le symbole. En revanche, derrière ces statistiques, le pape pourra voir, lorsqu’il viendra en France une autre Église. Mise très tôt à l’épreuve de l’Évangélisation (« La France, pays de mission ? » date de …. 1943 !), elle a déployé des trésors d’inventivité et de créativité, dans un environnement difficile. Dans les grandes villes, le pape rencontrera des laïcs très investis dans leurs paroisses, bien formés, et des diocèses en mouvement : dans nul autre pays il n’y a eu autant de synodes diocésains qu’en France ! Le pape vivra des liturgies soignées et priantes, marquées par le renouveau de mouvements comme Taizé, l’Emmanuel ou la Fraternité de Jérusalem. Il pourra parler à de nombreux catéchumènes, là encore, bien plus que dans les pays voisins. Lors des JMJ européennes, la délégation de jeunes Français est toujours la plus fournie. On lui racontera peut-être l’année Diaconia, en 2013, où toutes les paroisses se sont préoccupées du service des plus pauvres et de leurs « périphéries », avant que ce mot ne devienne à la mode à Rome. Il découvrira une Eglise qui prend sa part dans une société à la rigide laïcité, avec des universités –non subventionnés- dynamiques, et des écoles en croissance constante.

 

Manif pour tous

Les catholiques ont leur mot à dire, sur des sujets comme la bioéthique ou l’immigration. Ils le disent tranquillement, sur le mode de la proposition. Ils peuvent aussi hausser le ton, comme pour le mariage entre personne du même sexe. Là encore, dans quel autre pays catholique, la protestation a-t-elle été aussi importante ?

On a donc hâte que le pape vienne en France. Certes, il ne verra pas une « France catholique ». Mais il rencontrera des « catholiques français », bien vivants, qui, tant bien que mal, imaginent l’Eglise de demain. Des catholiques qui ne sont pas parfaits. Mais « fidèles ».

Isabelle de Gaulmyn

 

http://religion-gaulmyn.blogs.la-croix.com/ces-catholiques-de-france-que-le-pape-pense-infideles/2015/06/14/?xtor=EPR-9-[1300861945]

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