Le Pape des surprises

Publié le 18 Mars 2015

Le Pape des surprises

La nouvelle est tombée sans prévenir. Un vendredi en fin d’après-midi. Au terme d’une homélie. Le pape François annonçait pas moins qu’une Année sainte extraordinaire : un « jubilé de la miséricorde ». Les rangs des cardinaux étaient très clairsemés pour entendre la nouvelle. Les autorités italiennes, ville de Rome comprise, semblent avoir aussi été prises de court, bien que directement concernées par l’afflux attendu de pèlerins.

Depuis plus de deux ans, le pontificat est ainsi jalonné de surprises, plus ou moins grandes. L’an dernier, au cours d’une même liturgie pénitentielle, le pape avait accompli un geste aussi spectaculaire qu’hors programme : il était allé lui-même s’agenouiller au pied d’un confessionnal de la basilique Saint-Pierre pour recevoir le sacrement de réconciliation. Le directeur de la Salle de presse du Saint-Siège, le P. Federico Lombardi, découvrit la scène en même temps que les journalistes. Il dit aujourd’hui toujours s’attendre à être surpris.

Même effet de surprise pour les cardinaux créés au dernier consistoire. Tous ont appris la nouvelle de leur nomination après l’annonce de celle-ci par le pape lors d’un Angélus place Saint-Pierre. L’un d’eux raconte comment il était en train de faire le plein d’essence lorsqu’il reçut soudain un appel sur son portable d’une amie lui faisant part de la nouvelle. Beaucoup l’ont vérifiée ensuite sur Internet. Aucun nonce n’était venu les prévenir en amont personnellement, comme autrefois.

C’est aussi après un autre Angélus que le pape François annonça, ici encore contre toute attente, son voyage en Albanie. Ou auparavant, une veillée de prière pour la Syrie et, plus tard, la prière avec les présidents israélien et palestinien.

Ce rendez-vous dominical de midi donne lieu, de temps en temps, à d’autres formes de surprises : distribution gratuite d’Evangiles au début du Carême ou, à la fin de l’Année de la foi en 2013, de chapelets que le pape présenta comme un « médicament spirituel appelé Misericordina. » – la miséricorde déjà.

Sans compter, par ailleurs, les innombrables surprises privées de ceux qui ont la joie de décrocher leur téléphone et d’entendre soudain, à l’autre bout de la ligne, le pape !

Au-delà de leur variété, ces surprises offrent des traits communs. D’abord, il s’agit toujours de bonnes surprises, du moins pour les intéressés. En pratique, elles montrent aussi qu’à l’heure de Twitter et autres réseaux sociaux, le Saint-Siège, et le pape François le premier, savent encore préserver la culture du secret. Ainsi, dans un autre registre, la remarquable confidentialité dans laquelle a été conduite la médiation vaticane entre les Etats-Unis et Cuba. Pas une fuite.

Mais les surprises du pape présentent d’autres vertus. D’un point de vue pastoral, elles illustrent la créativité à laquelle il ne cesse d’appeler prêtres et évêques. Sur le plan théologique, elles invitent à se préparer à l’inattendu de Dieu auxquelles elles font écho. Dieu est « toujours nouveau », rappelait Jorge Bergoglio dans une de ses homélies matinales (14 octobre 2014) : « Jamais il ne se renie lui-même (..), mais il nous surprend toujours ». « Soyons ouverts aux surprises de Dieu », recommandait celui qui demande aussi sans cesse à rester « dociles à l’Esprit Saint ». Vertu ecclésiale enfin : par leur mode d’annonce ‘grand public’, ces surprises s’adressent en priorité au « peuple de Dieu », que l’évêque de Rome met en avant depuis le commencement de ce pontificat. Les premiers informés, avant quiconque, ce sont bien les fidèles.

 

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Rédigé par La Croix

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