Une curie moins romaine

Publié le 12 Février 2015

Une curie moins romaine

Le 11 février 2013, Benoît XVI annonçait, à la fin d’un consistoire, le geste historique de sa renonciation. Deux ans plus tard, jour pour jour, un autre consistoire s’apprête à se réunir pour discuter de la réforme de la curie romaine. C’est la cruelle absence de cette réforme qui a poussé Benoît XVI à renoncer. Nombre de livres et d’articles ont expliqué depuis comment le pape allemand comprenait la grande nécessité d’une telle réforme mais qu’il sentait qu’il lui manquait la vigueur pour la mener jusqu’au bout. Oser ainsi se retirer a été une preuve de lucidité et de courage. Et c’était forcer la réforme pour qu’elle advienne.

 

Deux ans plus tard, le chantier est lancé mais le successeur de Benoît XVI n’est pas au bout de ses peines. De nouvelles institutions ont commencé à fonctionner, comme dans le domaine économique ou de la protection des mineurs. Mais leurs contours, leur emprise, leurs statuts restent encore flous. Elles s’ajoutent, du moins à ce stade, à des structures déjà existantes, dont elles récupèrent parfois certains pans. Elles travaillent au-dessus, à côté, en parallèle, se faisant plus ou moins acceptées des structures plus anciennes à l’avenir incertain. L’architecture générale reste encore dure à saisir.

 

Les institutions ne doivent pas masquer les hommes. Le trait le plus marquant à cet égard est la place inédite faite aux laïcs dans ce processus. Plus précisément d’experts professionnels catholiques extérieurs au Vatican. Qu’il s’agisse de la commission contre les abus sur mineurs, du Conseil pour l’économie ou de l’actuel comité préparant la réforme des médias, ils siègent à parts égales ou dominantes avec des membres du clergé. C’est une collaboration qui paraît, vu de l’extérieur, mutuellement respectueuse.

 

Autre caractéristique de cet apport laïc, il n’est pas seulement très peu italien, il se révèle aussi anglo-saxon. Ceci est en particulier frappant au sein de la commission pour les mineurs, en dépit de sa recherche de représentativité mondiale. Ou dans un autre registre, dans la lutte que le Vatican engage contre le trafic d’êtres humains, avec l’aide financière du magnat australien anglican Andrew Forrest. Au-delà des laïcs, qu’il s’agisse d’un autre Australien, le cardinal George Pell à la tête du Secrétariat pour l’économie, où il a fait venir son compatriote Dany Casey pour l’assister, du cardinal américain Sean O’Malley à la commission pontificale pour les mineurs, où l’aide son compatriote issu de son diocèse, Mgr Robert Oliver, du Conseil pour l’économie, dont l’Anglais Mgr Brian Ferme est secrétaire, de la commission pour les médias dirigée par un autre Britannique, Lord Chris Patten, et dernièrement de l’arrivée de Mgr Gallagher aux affaires étrangères du Saint-Siège, l’univers italo-italien de l’ère Bertone a fait place, en deux ans, aux réseaux du monde anglophone. Un monde paradoxalement étranger au pape argentin, qui parle mal anglais et n’est allé de sa vie encore ni aux Etats-Unis, ni au Royaume-Uni.

 

Sébastien Maillard

 

http://rome-vatican.blogs.la-croix.com/une-curie-moins-romaine/2015/02/10/?xtor=EPR-9-%5B1300793684%5D

Rédigé par La Croix

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