Pourquoi le pape veut réformer le gouvernement du Vatican

Publié le 16 Février 2015

Pourquoi le pape veut réformer le gouvernement du Vatican

Touchant l’organisation du gouvernement central de l’Église, à commencer par les finances, la réforme revêt aussi une dimension spirituelle et s’inscrit dans une nouvelle vision du rôle de la Curie

Nettoyer de fond en comble la Curie romaine. Telle est la première tâche du pontificat de François. Ce dernier a entendu la vigueur des débats à ce sujet entre cardinaux avant le conclave qui l’a élu, il y a bientôt deux ans, le 13 mars 2013. Il s’y réfère pour justifier l’ampleur de la réforme entreprise et sur laquelle les cardinaux devaient être consultés ces 12 et 13 février.

 

L’urgence d’une profonde réforme

Les scandales (affaire VatiLeaks, « banque du Vatican ») survenus à Rome avant le dernier conclave ont discrédité le message de l’Église catholique. Ils ont révélé aux cardinaux des quatre coins du monde l’ampleur des dysfonctionnements et l’urgence d’une profonde réforme dans le gouvernement central de l’Église.

Une remise en cause jusqu’alors sans cesse repoussée et dont Benoît XVI avait compris la nécessité sans éprouver la force de s’y atteler. D’où, pour grande partie, sa renonciation, il y a tout juste deux ans.

La réforme de la Curie répond d’abord à cette demande, en réaction, des cardinaux. Pour le pape François, il ne s’agit pas seulement d’une reprise en main d’un appareil romain incontrôlé et d’une clarification de son fonctionnement financier mais aussi d’une redéfinition de son rôle et, d’abord, de sa remise en état moral.

 

La « réforme spirituelle » en priorité

Au premier dimanche de Carême, le 22 février prochain, le pape François et les dirigeants de la Curie partiront pour une semaine d’exercices spirituels dans un établissement à une trentaine de kilomètres de Rome.

L’an dernier, cette même récollection s’était tenue pour la première fois hors les murs. Jusqu’alors, les exercices se déroulaient à l’intérieur du Vatican, sans trop y rompre la routine de travail.

Pour le pape jésuite, une retraite complète s’impose, même si des participants y rechignent. « La réforme spirituelle est ce qui me préoccupe le plus en ce moment, la réforme du cœur », confiait-il dans un entretien à La Nacion, le 7 décembre dernier, considérant les « six jours enfermés pour prier » en début de Carême comme « un pas en avant ».

Les « quinze maladies » qu’il a diagnostiquées lors de ses vœux à la Curie avant Noël dernier restent la plus forte exhortation à cette « réforme de la manière d’être », comme il définit sa priorité.

Ses vœux en 2013 à l’adresse d’une « Curie (qui) grandit comme une pesante douane bureaucratique, d’inspection et d’inquisition » avaient déjà la même visée. Ses homélies matinales, en large partie diffusées, également.

Au quotidien, Jorge Bergoglio cherche aussi à incarner ce changement dans son propre style de vie. Le choix d’habiter la résidence collective vaticane de Sainte-Marthe et non le Palais apostolique en reste l’exemple le plus frappant.

 

La refonte économique en cours

La partie la plus concrète de la réforme de la Curie couvre l’économie et les finances. Pan le plus urgent, elle a vu l’arrivée de nouvelles institutions, d’un nouvel homme fort imposant de nouvelles méthodes de gestion.

Un secrétariat pour l’économie a été officiellement institué il y a bientôt un an. Cette sorte de ministère des finances du Vatican a « autorité sur toutes les activités économique et administrative au sein du Saint-Siège et de la Cité du Vatican », dont il prépare les budgets. Les ressources humaines et les appels d’offres sont aussi de son ressort. Un « contrôleur général » reste encore à nommer pour les audits comptables.

« Auparavant, chacun gérait son dicastère en tirant sur des comptes propres qui ne figuraient pas au bilan annuel. Désormais, tout est consolidé et nous devons rendre des comptes au secrétariat pour l’économie », apprécie un dirigeant dans l’un des dicastères.

Ceux-ci doivent faire approuver leur budget par le nouveau secrétariat. Leurs dépenses sont contrôlées durant l’année, avec pénalités en cas de dépassement. Un manuel de gestion financière est en cours de rédaction.

Par ailleurs, la mise aux standards internationaux de l’IOR (Institut pour les œuvres de religion, la « banque du Vatican »), commencée sous Benoît XVI, s’est poursuivie en vue d’une expansion de ses activités dans la gestion d’actifs, en cours d’étude.

« Une Église pour les pauvres ne devrait pas être pauvrement gérée », justifie le cardinal George Pell. Nommé au poste de secrétaire pour l’économie, le cardinal australien s’impose depuis bientôt un an comme le nouvel homme fort du Saint-Siège, où il s’apparente à un quasi-numéro 2 bis.

Mais celui qui déclare se battre contre « un sens de l’indépendance très fortement ancré au sein des départements du Vatican » est déjà très critiqué en interne, en particulier par les Italiens, pour ses méthodes anglo-saxonnes jugées brutales.

Le cardinal Pell ne peut pour autant agir à sa guise. Il doit rendre compte à une autre institution créée par la réforme de la Curie, le Conseil pour l’économie. Présidée par le cardinal Reinhard Marx, archevêque de Munich, l’instance comprend quinze membres, dont sept laïcs, des diverses parties du monde pour limiter, ici aussi, l’emprise italienne dans la gestion du Vatican.

 

La réorganisation à venir

Si le volet économique est avancé, la réorganisation des dicastères est toujours en préparation. Ses dirigeants ont été consultés par le pape à ce sujet, le 24 novembre dernier.

Si les neuf Congrégations traditionnelles (doctrine de la foi, culte divin, cause des saints…) doivent rester inchangées, un rapprochement des Conseils pontificaux est attendu pour faire émerger de grands pôles.

L’un, intitulé « Charité et Justice », regrouperait les fonctions actuelles de quatre Conseils pontificaux : Justice et Paix, « Cor Unum » (qui exerce une tutelle sur le réseau Caritas), pastorale des migrants et pastorale de la santé.

Un autre pôle regrouperait les Conseils pontificaux pour les laïcs et pour la famille. Un troisième pôle pourrait à terme coordonner les organes de communication du Saint-Siège (Radio Vatican, L’Osservatore Romano, Conseil pontifical pour les communications sociales…), objets d’une autre commission provisoire.

Ses conclusions sont attendues avant Pâques. Un autre projet concerne la création d’un ministère de la justice afin, dans le même esprit, de rationaliser les divers tribunaux ecclésiastiques romains.

 

Un processus encore long

Au-delà de la réorganisation projetée, c’est la vision même du rôle de la Curie qui est redéfinie. Il s’agit de la rendre « au service du pape et des évêques », selon la vision du pape François.

« (Les dicastères romains) sont des organismes d’aide (…), des médiateurs et non des intermédiaires ou des gestionnaires », ni « des organismes de censure », expliquait aux revues jésuites celui qui dans son exhortation, Evangelii gaudium, souhaite une « décentralisation salutaire » au profit des conférences épiscopales nationales, qui pourraient recevoir « une certaine autorité doctrinale authentique ».

Comme l’observe le vaticaniste italien Marco Politi dans son livre François parmi les loups (Éd. Philippe Rey, 250 p., 18 €), Jorge Bergoglio touche « toute la pyramide ecclésiastique : le pape, la Curie, les Synodes, les Conférences épiscopales, les organes consultatifs des diocèses, le rôle des fidèles et les responsabilités à confier aux femmes ».

La réforme de la Curie n’est que le maillon d’une réforme plus vaste de l’Église, loin d’être achevée et acquise.

Sébastien Maillard, à Rome

 

http://www.la-croix.com/Religion/Actualite/Pourquoi-le-pape-veut-reformer-le-gouvernement-du-Vatican-2015-02-13-1280569?xtor=EPR-9-%5B1300800899%5D

 

Rédigé par La Croix

Publié dans #Réflexions

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :