Commération de la fin de la première guerre mondiale

Publié le 11 Novembre 2014

De leurs lances, ils forgeront des faucilles (Is 2,4)

De leurs lances, ils forgeront des faucilles (Is 2,4)

Aujourd’hui 11 novembre nous commérons la fin de la première guerre mondiale.

En cette année nous nous souvenons du début de cette terrible guerre: 1914-2014, 100 ans…

Nous nous rappelons que tous ces hommes jeunes et moins jeunes appelés à la guerre ont fait brutalement, pour eux-mêmes ou leurs camarades, la découverte de la mort.

Voici deux témoignages de soldats dont la foi tenait dans leur vie.

 

Un premier témoignage : celui de Charles de Menditte, officier, tenait son journal et écrivait régulièrement à son épouse. Nous pouvons lire dans son journal au 23 août 1914 :

" Dimanche, jour de repos, jour du Seigneur, tu as été pour nous jour de rude labeur, jour de sang et jour de deuil. J’avais rêvé le baptême de feu dans l’apothéose de la victoire, je n’eus pas cette joie mais j’ai eu du moins la consolation de voir l’Allemand reculer devant la menace de nos baïonnettes, et de ramener ma compagnie en ordre. Nous n’avons pas été des guerriers heureux mais nous avons fait ce que nous avons pu et la terre de Belgique a bu à longs traits le sang de mes hommes car la 4ème compagnie a laissé sur les bords de la Sambre, le 1/5ème de son effectif… Mes hommes ne se sont pas doutés de l’ardente prière que je fis pour eux et au milieu d’eux. Une immense pitié remplit mon cœur au spectacle de cette belle jeunesse étendue autour de moi car je voyais dans l’avenir de nouveaux sacrifices et de sanglantes hécatombes… ".

Le lendemain, il écrivait à son épouse à Bordeaux :

" Vous pouvez remercier la Providence et prier Dieu pour qu’il continue la protection qu’il a bien voulu m’accorder car sans son intervention, je ne tracerais pas ces lignes. Le 144ème a reçu le baptême du feu et le baptême a été sanglant… Plus que jamais j’ai remis mon sort entre les mains de Dieu, je me suis confessé avant-hier et je vais au combat plein de foi. C’est sans doute pour cela que j’ai pu faire mon devoir aussi simplement…

 

" Un deuxième témoignage : celui de l’aumônier Chevalier annonce à Madame POCHET la mort de son mari, le caporal Robert POCHET, tombé au champ d’honneur le 13 avril 1916, près de Verdun (extraits)

Le jeudi 13 Avril, vers huit heures du soir, je partais au fort de Tavannes dans le but de porter la sainte communion à plusieurs soldats du 2ème bataillon qui étaient privés depuis assez longtemps de ce grand réconfort.

Lorsque j'arrivai au ravin du bois Fumin je rencontrai des brancardiers affairés qui en me voyant s'écrièrent: « …le Caporal Pochet est pris sous un éboulement, il va mourir et vous demande.›› On m'indique l’emplacement et je trouve en effet votre cher mari étendu sur le dos... le tronc avait été dégagé mais les jambes broyées restaient prises dans la terre qui se mêlait à son sang... le médecin avait examiné son état et avait déclaré inutile de le torturer davantage puisque la mort était certaine dans un espace de temps plus ou moins long.

Aussi les brancardiers s'étaient retirés laissant le blessé seul avec un séminariste-infirmier qui se disposait à le préparer au grand sacrifice. C'est sur ces entrefaites que j'arrivai. Ma présence fit rayonner de joie la pauvre victime qui se soulevant sur son séant me cria : « Ah ! Voilà le miracle de Sœur Thérèse !... Que je suis heureux de vous voir !... Allez-vous me donner le Bon Dieu ?...›› Puis il me demanda de l’embrasser, ce que je fis en lui répondant que j'avais en effet le Bon Dieu sur moi, qu'il était vraiment providentiel que je sois venu à cette heure juste à point pour lui donner le Saint Viatique avec la force de supporter les souffrances qu'il devait endurer. Il voulut voir dans cette circonstance une grâce tout-à-fait spéciale obtenue par l’intercession de Sœur Thérèse qu'il priait souvent.

M'agenouillant entre lui et le cadavre du camarade écrasé sous le même abri, je lui déposai le Saint-Sacrement sur la poitrine comme sur un autel vivant... Je l'exhortai alors à offrir toutes ses souffrances pour la France, sa famille, ses camarades, à accepter la mort avec une parfaite résignation… et je lui donnai enfin le corps de Notre-Seigneur. Autour de lui communièrent deux séminaristes et un sergent de ses amis (…).

Robert, la tête appuyée sur mon genou, les mains crispées autour des miennes, poursuivait son action de grâces au milieu des plus horribles souffrances et me demandait de temps en temps « Mon Père, est-ce que ce sera long ? J'ai peur d'avoir trop à souffrir !... » - « Non, ce ne sera pas bien long, mon petit...»

Puis tout retombait dans le silence.

Je voulus faire réciter le chapelet autour de lui par ses amis mais il m'arrêta et me dit: « Mon Père ce n'est pas la peine ; je vais paraître face à face devant Dieu tout à l’heure, je préfère le silence ! »

Je respectai ce silence.

« Avez-vous quelque chose à faire dire à votre femme ?... » - « J'ai déjà tout réglé, me dit-il » - « Je lui écrirai votre mort ajoutai-je, et je lui dirai que vous avez pensé à elle et à vos enfants pendant ces heures pénibles ».- « Oui, consolez-là, consolez aussi ma pauvre maman... » ….

Rédigé par jmm

Publié dans #Réflexions

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